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Le Pape renonce a visiter l'université de Rome. Que se serait-il passé à La Sorbonne ?

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Adriano
  • Posts: 137

Posted: 2008-01-22 15:29

Le 17 janvier le pape Benoît XVI aurait du ouvrir l'année académique à l'Université de Rome "La Sapienza" avec un discours sur les relations entre foi chrétienne et savoir scientifique.
Mais la visite a été retenue inopportune par le Vatican suite à l'occupation du rectorat de la part de certains étudiants et aux protestations de plusieurs professeurs.
Que se serait-il passé si le Pape avait voulu visiter la Sorbonne, à Paris, ou la Humboldt de Berlin ou encore une université espagnole ou allemande ? Est-ce que cela aurait été impensable ? Benoît XVI a déjà, par exemple, prononcé un discours à l'université de Ratisbonne, en Allemagne... Pourquoi en Italie cela a suscité cette levée de boucliers ? Que se serait-il passé dans les autres pays ? Et en France ?

catherine
  • Posts: 1

Posted: 2008-01-24 18:15

OUi, je suis choquée aussi: une visite ... passe, mais une ouverture d'année académique!!! dans certains etats membres (Grèce), l'église continue d'exercer sa tutelle sur l'université, ce qui est vraiment folklorique.
Séparation Etat/église d'accord, mais encore plus séparation Université/église: c'est un minimum.
On a l'impression que la dénonciation de l'islamisme permet de cautionner une restauration de l'autorité morale de l'Eglise y compris dans la société, avec la caution de l'Etat. De qui se moque-t-on?

Adriano
  • Posts: 137

Posted: 2008-01-27 16:25

Donc, si je comprends bien, Catherine aurait levé des barricades pour ne pas faire parler le Pape. Mais, au fait, a-t-on lu ce qu'il avait à dire ?
Quand j'étais étudiant, à l'université LUISS de Rome, l'alors pape Jean-Paul II était venu célebrer une messe dans l'amphi. J'avais trouvé cela choquant.
Aujourd'hui, je trouve alarmant qu'on puisse interdire la même figure de prononcer un discours. Pourquoi ? Parce que les deux choses sont bien différentes ! L'église est le lieu élu pour la messe et donc pour la célebration de la vérité. L'université est celui du doute, où il fait bon écouter, donner la parole, croiser les regards. Et pourquoi devrait-on empêcher le pape, justement habitué aux prières et aux célébrations de la vérité de se prêter au jeu du débat intellectuel, qui plus est sur un thème passionnant comme celui des relations entre foi et raison ?
Je trouve donc cette interdiction parfaitement intolérante tout comme j'ai trouvé, à l'époque, déplacée, la visite de Jean-Paul II à mon université.
jack-o-banjo
  • Posts: 24

Posted: 2008-01-29 13:23

La question de la préservation de la laïcité de l'Université n'est à mon avis qu'en second plan dans cette histoire. La question véritablement préoccupante est bien d'avantage posée par les réactions politiques qu'a suscité en Italie la prise de position des enseignants de l'université La sapienza et par ses échos en France - j'y viendrai plus loin.
Entendre le président Giorgio Napolitano ou son ministre de l'université désavouer des enseignants s'élevant justement contre l'invitation du Pape à l'inauguration de l'année académique me laisse pantois.
L'Université est bien évidemment un lieu d'ouverture. Mais qui souhaiterait qu'un Tarik Ramadan, qu'un Cheikh Yassine - paix à son âme :), ou un Mgr Lefebvre - paix à son âme lui aussi... participe à un évènement aussi intrinséquement laïc et anti-obscurantiste que l'inauguration d'une année universitaire ?
L'ouverture, la tolérance, sont des notions comparables à la liberté. La liberté ne peut consentir à se voir restreinte (= nul ne peut, librement, consentir à une diminution de sa liberté). Il s'agirait d'une négation de sa propre identité.
Ainsi, l'Université ne peut pas associer quelque penseur religieux que ce soit à un évènement comme celui dont il est question. À un cursus de cours sur la pensée, la religion, la civilisation, bien évidemment, mais pas à un "rite de fondation" comme celui-ci.

Les récentes prises de position de Nicolas Sarkozy, dans son "discours de Latran" sont en ce sens profondément choquantes. Tout comme l'affaire italienne, elles démontrent que la frontière nécessairement dure entre Églises et États se fragilise de jour en jour. Non, l'Europe, ni la France, ni l'Italie n'ont des racines "essentiellement chrétiennes". Non, "l'espérance spirituelle" n'est en aucun cas primordiale par rapport à l'espérance sociale. Et il est extrêmement dangereux de laisser la religion reprendre une place dont on l'a si difficilement extirpée.
La laïcité est un préalable. Exempte de toute compromission, elle permet l'expression saine de toutes les sensibilités religieuses, comme de toutes les sensibilités philosophiques. Le combat contre l'obscurantisme (religieux, politique, culturel, médiatique...) est une volonté quotidienne, dans lequel toute relâche est l'occasion d'une régression. Sur ce, bonne journée.

jack-o-banjo
  • Posts: 24

Posted: 2008-01-29 13:35

Je ne résiste pas à ajouter à tous ça les mots de notre cher président quelques jours après son passage à Rome :
«Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en rapproche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance» (Nicolas Sarkozy, Riyad, 20.12.2007)

Que peut dire un enseignant après ça ?
— « Bienvenue, cher Benoît. Vous êtes sans nul doute d'une utilité bien plus grande que la mienne en ces lieux, je vous demande donc de bien vouloir prendre ma place. Mais, n'en déplaise à votre sainteté, acceptez que de ce pas j'aille me pendre... »

LARSG
  • Posts: 1

Posted: 2008-01-29 16:16

Je ne suis pas du tout d'accord avec ces visions très 19eme siècle de laïcisme. Rien àà voir avec la laïcité. C'est hélas une particulaité française, mais aussi latine au sens général que de croire que s'opposer à toute ouverture religieuse est signe d'indépendance ou de laïcité.C'est bien plus une crise urticante de jeunsesse qui peut être saine, mais qui n'est qu'une crise d'adolescence. L'Université en Europe, et elle est née en Europe, Bologne, Paris ... est née de l'Eglse et de ses ordres religieux. Son organisation est complètement calquée sur un corposratisme religieux ( catégoriées de Profs titulairqs, associés, assisants, ou MCF) elle invoque des privilège ( liberté ou non intrusion des forces de police qui sonbt ceux du Clergé) . Ecouter le Pape, pour des phsysiciens de la Sapienzan notamment, c'était faire preuve de tolérance... Ils sont passés à côté. Dommage pour la Culture, la Science et l'Université. Ecoutez quelqu'un dont on ne partage pas les vues et dialoguée avec lui est acte profondément universitaire et intellectuel. Les quelques profs et étudiants romains ont montré que leur place est dans un groupuscule activiste pas dans une enceinte du savoir et du débat... Ils ont été ridicules. Cela me rappelle, ce sot slogan vu en mai 1968 à la Sorbonne "Comment penser librement à l'ombre d'une chapelle ? " ( une chapelle desaffectée depuis de siècles) Tout cela est tristement grotesque d'intolérance ! ce n'est pas l'Université.

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