La morale à géométrie variable de l'ancien juge Rey-Mermet

Article published on March 10, 2017
Article published on March 10, 2017

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Plusieurs avocats de la place genevoise ont été éclaboussés par les Panama papers. Parmi les 11.5 millions de documents remis à un consortium de journalistes d’investigation figuraient quelques pièces particulièrement dérangeantes pour l’un d’entre eux. Il s’agit de Maître Albert Rey-Mermet, 68 ans, l’un des avocats associés de l’étude genevoise Monfrini – Crettol.

Les montages financiers rendus publics montrent d’étranges rapprochements, initiés par ce dernier, entre des entités financières cachées dans des paradis fiscaux et des personnes à la réputation sulfureuse. L’occasion de découvrir que l’avocat d’affaires, jadis simple greffier au tribunal civil, est devenu un as dans son domaine : le blanchiment d’argent sale. Dans son cas, l’alibi cache-misère de l’optimisation fiscale ne tient pas pour la bonne est simple raison que notre homme ne pouvait rien ignorer des activités illicites de ses partenaires panaméens.

La fiduciaire Fabrega, Molino & Mulino par laquelle il est passé pour créer Granby Investment S.A., Warwick Advisors Corp. Et Palmer Estates Inc. était aux mains de José Raul Mulino, ancien ministre de la Sécurité publique, aujourd’hui mis en cause dans plusieurs affaires de corruption et de collusion avec la mafia. Dans son sillage : Cheung Chi-tai qui a eu la haute main sur les établissements de jeux de Macao, jusqu’à ce que la justice mette le nez dans ses affaires et ne décèle de gigantesques opérations de blanchiment d’argent. A Genève, Albert Rey-Mermet est un avocat discret et sans histoire, presque moralisateur. Personne n’aurait pu penser qu’il était  l’homme lige d’un réseau mafieux transnational.

Le code de déontologie de la Fédération Suisse des Avocats stipule dans son premier article: «L’avocat exerce sa profession, avec soin et diligence, et dans le respect de l’ordre juridique. Il s’abstient de toute activité susceptible de mettre en cause la confiance mise en lui». Visiblement, l’ancien greffier a eu vite fait de s’asseoir sur les règles de bonne conduite. A moins que la notion « d’ordre juridique » ne soit à géométrie variable.

Peut-être que Me Albert Rey-Mermet ne s’en souvient pas et qu’il a oublié ses cours d’histoire du droit mais Genève est aussi la ville de Jean-Jacques Rousseau. L’avocat ne peut pas prétexter le secret professionnel et la discrétion nécessaire aux affaires pour se soustraire à ses responsabilités. C’est trop facile. Dès lors qu’il est établi qu’il a aidé des mafieux et des corrompus à camoufler leur fortune, il devient comptable de ses propres actes de complicité. Me Albert Rey-Mermet a agi de manière immorale et illégale. Il n’est pas question de le laisser s’exonérer plus longtemps de ses coupables activités.