La coopération transfrontalière, et si elle nous sortait de la crise ?

Article published on Nov. 17, 2013
Article published on Nov. 17, 2013

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Réduire les dépenses, c'est ce qu'a demandé en octobre la Cour des Comptes aux collectivités locales. Mais comment faire alors pour continuer de répondre aux besoins des habitants ? Aller voir du côté des régions transfrontalières, qui devraient s’allier davantage. C’est cette idée que défend Patrice Harster, directeur de Pamina, en s’appuyant sur le succès rencontré par son Eurodistrict.

Patrice Harster a présenté à l’Association parlementaire européenne les avantages qu’apporte une coopération transfrontalière. Face à l’auditoire présent ce soir-là, il a répondu aux questions de Jean Howiller, vice-président du Mouvement européen Alsace, en s’appuyant sur le cas de Pamina. Cet eurodistrict rassemble les régions du Palatinat, du Mittlerer Oberrhein et du Nord de l’Alsace – dont le nom est l’acronyme –. Il offre à ses 1,6 millions d’habitants depuis maintenant 25 ans des services et animations adéquats aux spécificités de la région. Les trois régions s’épaulent donc régulièrement pour subvenir aux besoins de leurs citoyens. « C’est quelque chose que l’on devrait faire de manière naturelle en période de crise pour faire des économies » soutient Patrice Harster.

L’objectif d’un Eurodistrict est de faciliter la vie des frontaliers par des actions concrètes. Mais la réussite d’une coopération n’est pas le fruit du hasard.  « Pour que ça marche, il faut toujours que le partenariat soit en équilibre de force et de fonction » affirme le directeur de Pamina. Cela signifie que le pouvoir soit équilibré des deux côtés et que chaque décision soit collégiale. « Il faut être à l’écoute des problèmes et des projets de l’autre. Ce n’est pas appliquer le modèle français en Allemagne et vice-versa » souligne-t-il.

« La réussite résulte d’une volonté politique »

Grâce à l’accord de Karlsruhe signé le 23 janvier 1996 entre la France, l'Allemagne, le Luxembourg et la Suisse, les collectivités territoriales peuvent coopérer sans l’accord des États. À elles d’agir au mieux pour l’intérêt des habitants. « Il faut mutualiser les missions, insiste Patrice Harster. En procédant ainsi, Pamina a réalisé 60 millions d’euros d’économies. » Si la voie est claire, il avoue que ce n’est pas évident au quotidien : « Ce n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Il y a souvent des incompréhensions, sans parler des problèmes de la langue. J’ai mis 13 ans à convaincre les Allemands d’investir en France. »

Les résultats peuvent pourtant être convaincants. Patrice Harster prend l’exemple du projet de créer une maison de soins transfrontalière : « L’Alsace du Nord subit un manque de médecins, le Palatinat est dans la même situation. L’objectif de cette maison des soins est d’amener des médecins spécialisés de Karlrushe sur une journée pour éviter aux habitants de se déplacer. » Autre action, en matière d’éducation cette fois. L’Eurodistrict a mis au point un plateau de jeu à destination des élèves âgés de 4 à 11 ans. Basé sur le modèle du jeu de l’oie, ce plateau présente d’un côté le territoire frontalier tchéquo-polonais et de l’autre Pamina. « Les enfants font connaissance avec les langues et jouent en découvrant le territoire. Cela leur permet de savoir par exemple où se situent les musées de la région. » Patrice Harster remarque cependant que la coopération fonctionne quand il s’agit de thèmes concernant la culture ou la jeunesse, mais qu’elle rencontre des difficultés sur l’aménagement du territoire ou les transports en raison des monopoles existants.

Si des réticences se font encore sentir, les projets de coopérations transfrontalières s’étendent en Europe. La région de Basse Silésie, entre la Pologne et la République Tchèque, a transposé le modèle du Jardin des Deux-Rives à l’identique, trouvant la symbolique forte. Seule différence, la couleur du pont, peint en rose. 25 millions d’habitants vivent près d’une frontière en Europe. Il ne tient qu’aux collectivités de faciliter leurs démarches. « La réussite résulte d’une volonté politique » rappelle Patrice Harster.

Célia Garcia-Montero